Eunice's présentation

Eunice's présentation
Les oiseaux passaient, soulevant la brise de leurs ailes déployées. Le soleil rougeoyait, déjà loin dans le ciel, et la montagne la plus proche semblait vouloir l'engloutir et cacher à jamais sa danse de chaleur. Eunice se calma et essuya ses yeux contre son bras déjà humide de la neige qui maculait le pré de sa mollesse éclatante. Un petit oiseau aux pépiements moqueurs se posa sur une branche et fit tomber au sol un gros paquet de neige, cachant les lettres tracées inconsciemment par la jeune fille lorsqu'elle essayait de s'endormir sous son manteau de glace. Mais la mort ne semblait pas au rendez-vous aujourd'hui, ni les autres jours d'ailleurs. Cela faisait une semaine qu'Eunice se retirait dans le pré voisin, tous les soirs pour essayer d'oublier la douleur lancinante qui lui vrillait la poitrine dès qu'elle s'arrêtait de bouger. Bouger, cela lui avait tout d'abord parut la meilleure des solutions : courir, sauter, danser. Des efforts qui la laissaient à chaque fois pantelante, épuisée au bord d'une chaise, au bord du gouffre.
Elle serra les paupières et se releva, chancelante. Cela faisait bien longtemps qu'elle n'avait plus mangé le moindre bout de nourriture, mais la simple pensée de se remettre à vivre normalement lui semblait si effrayante qu'elle en frémissait. Tous ceux qui faisaient un tant soit peu attention à son existence, ombre maladive et effacée lui avaient dit d'un air terriblement hypocrite, un sourire contraint collé aux lèvres, qu'elle s'en remettrait puisque tous s'en remettaient, que les humains étaient ainsi faits qu'ils cicatrisaient avec le temps, qu'elle était jeune et avait une longue vie devant elle, qu'il fallait relativiser sa douleur... Mais perdre sa meilleure amie !! Perdre cet être dont on connaissait le moindre grain de peau, dont le pas souple et léger était et de loin si reconnaissable, dont la voix toujours nous étonnait, dont les mains se tortillaient dans tous les sens au moindre mensonge, adorable défaut si bien connu... Qui peut rêver pire ? Marion. Elle s'appelait Marion. Elle avait des yeux marron et pourtant si expressifs, des petits miroirs de l'âme. Ses cheveux bruns étaient impossibles à dompter, malgré tous les efforts de leur maîtresse, et ils volaient dans tous les sens au moindre courant d'air. Elle avait un visage en ovale fin, un nez légèrement en trompette et semblait toujours à deux doigts du rire, comme suspendue au milieu de ses pensées en délire. Lunatique, elle changeait d'humeur aussi vite qu'une toupie folle. Eunice et elle se connaissaient depuis de si nombreuses années, mais il était encore impossible de décrypter les pensées de Marion à Eunice. Et cette part de mystère, cette part de renouveau à chaque jour, à chaque instant, cette amitié si intense, c'était à chacune d'elles leur plus grand trésor.


**************************************************************************************************************************

Ainsi commence l'histoire d'Eunice, et avec elle, une aventure pour moi. J'espère tellement ne pas vous décevoir!! Je met dans Eunice toutes mes espèrances. Si vous avez des suggestions à me faire, tant sur l'histoire, que sur la présentation ou sur mon style, des fautes à corriger, ou des critiques à formulez, n'hésitez pas et jetez-vous sur vos claviers!! Et j'accepte aussi les compliments, huhu, comment dire avec beaucouuuuuuup de bonheur *yeux qui pétillent*.

De l'auteur: Je suis une fille héhé, j'ai 16 ans dans quelques jours et je vis en France!! Je pense que vous n'avez pas besoin d'en savoir plus!! Mais si mon identité vous torture jour et nuit les méninges, eeeeh bien dîtes le moi!!

Tu veux être prévenu(e) de la suite? Laisse ici un commentaire!! Et promis je n'y manquerai pas!!


Cette galerie est à visiter d'urgence: ici!! Elles sont trois,et n'attendent aucune sollicitation des jeunes écrivains du net pour fouiller leurs blogs... Et les critiquer. Enfin une vision objective! N'importe qui peut y trouver son bonheur. Et un grand merci à Tlina qui m'a offert la plus belle critique que l'on m'ait faîte... Alors CLIQUEZ!

Notez-moi ici!! Un grand merci à cette galerie de m'avoir acceptée
Note-moi aussi et et et et et!

Des liens pour les deux magnifiques DA où j'ai trouvé de quoi illustrer mes articles ici (premier article, Marion)
et (tous les autres, fille rousse=Eunice)



# Posté le dimanche 01 février 2009 16:28

Modifié le lundi 24 août 2009 10:48

Chapitre premier

Chapitre premier
Le matin de son suicide, Marion ne s'était pas montrée à leur point de rendez-vous, là où leurs deux chemins se croisaient, celui de terre brute et celui de sable gravillonneux. D'ordinaire, Marion l'attendait là, les bras croisés autour de son cartable en cuir. Lunatique elle l'était, mais s'il y avait une unique chose sur laquelle jamais elle ne transigeait, c'était bien sur ce rendez-vous. Toujours en avance, elle se tenait là, quelles que soient l'heure et la saison. Même lorsque une grippe la coinçait chez elle, elle se trainait courageusement à l'embranchement des chemins pour rassurer Eunice d'un pâle sourire, pour lui annoncer qu'elle était là et bien là. Pas un rêve ni même une illusion, juste une Marion échevelée, brune et pétillante.
Mais ce matin de décembre, Eunice ne vit pas l'ombre habituelle se profiler dans la brume, cette entaille noire de si loin visible, qui d'ordinaire provoquait en elle la montée d'un sourire involontaire. Son coeur s'était mis à battre, folle sauterelle désordonnée coincée entre ses côtes, et ses jambes à flageoler. Quelque chose, un sombre pressentiment, lui avait violemment étreint la gorge. La première fois, c'était la première fois. Malgré tout, elle avait forcé ses pieds à la porter en avant, puis s'était laissée tomber comme un paquet de sable sur la souche jaunie, piédestal d'où la guettait Marion ses jours de retard. Hébétée, elle avait longuement regardé les formes que prenait la vapeur en sortant de sa bouche, de plus en plus indistinctes à mesure que des larmes d'angoisse perlaient au coin de ses yeux. Ses mains froissaient sa jupe, tic nerveux qui était sa façon bien à elle de faire ressortir le stress qui la submergeait. Son cerveau déglingué lui avait sèchement ordonné de se relever et de continuer sa marche solitaire vers le lycée de jeunes filles où l'attendaient religieuses et cahiers racornis. C'est donc toute tanguante qu'elle avait poussé le portail du lycée et était allé s'asseoir à sa place habituelle, à la gauche d'une fille qui appartenait à la catégorie de celles qu'elle préférait, celles qui la laissaient poursuivre son petit chemin de vie tranquillement. Ce matin là, Rosalie avait levé un sourcil interrogateur sur Eunice
.

"Seule?"

Tous ces petits détails, Eunice s'en rappelait parfaitement. Il lui était impossible de s'en défaire, c'étaient de petites échardes plantées sans pitié dans son coeur sauvage.

# Posté le mardi 03 février 2009 15:21

Modifié le mardi 01 septembre 2009 04:09

Chapitre second

Chapitre second
Je suis incapable de vraiment comprendre tout ce qui m'arrive. Tu vois, Marion, je ne comprends pas. La tristesse me passe bien au dessus, la souffrance aussi. Je suis trop hébétée, choquée pour ne plus ressentir quoi que ce soit. Même les larmes dont on dit qu'elles font du bien ne coulent que parce que j'ai froid. Froid de toi, puisque sans toi je suis nue. Marion, ta peau était chaude, tes cheveux doux, ta voix chantait une mélodie d'amour. Ce n'est pas un accident je le sais. Tu t'es suicidée. Nul mieux que toi ne connaissait le chemin de la forêt, alors ce puits, dans lequel nous nous étions mirées mille et mille fois, si tu y es tombée, ce n'est pas un bête hasard. Tu sais, ils n'ont pas voulu que je te vois, petite dans ta robe blanche, et cette tache rouge tout autour de toi, qui dégoulinait dans le vide sans avoir de sens. J'y suis allée quand même. Et tu vois, ça ne m'a rien fait, puisque ce n'était plus toi. C'était juste un corps vide et froid, une enveloppe utilisée par toi mais aujourd'hui rien de plus que des cellules mortes. Je t'ai regardée quand même parce que j'entendais tes cris de détresse tu vois. Pas de douleur, je crois que tu es morte sur le coup. Non, de détresse, parce que Marion, quelle souffrance !
Je ne te connaissais donc pas, moi ? Tu enlèves là toutes les certitudes, pourtant profondément ancrées au fond de ma chair... Je me sens vide, vidée par toi, et même les souvenirs auxquels j'essayais de me raccrocher se débobinent pour rejoindre d'autres cieux, mais Marion, JE ne veux PAS t'oublier, parce que sans toi je ne suis rien, vraiment plus rien. Tu ne comprends pas à quel point je t'aime ? Je veux crier mais rien ne sort, ma gorge se noue, elle me fait mal. Ton nom se coince en moi, et je voudrai le hurler pour t'exorciser mais c'est impossible. Ton visage apparaît devant mes yeux fermés, c'est comme une évidence... Ton visage n'a pas d'expression, il me regarde sans me juger mais il devrait, c'est moi qui n'ait pas su t'aider. Marion... Tu n'étais pas ma meilleure amie, je t'aimais. Et je t'aime encore.
Pourquoi m'as-tu laissée seule ? Je t'en veux, mais je m'en veux encore plus... Ce monologue, il dure mais ne sert qu'à me vider un peu plus. Marion, tu vois, ils croient tous à un accident. Ils pleurent, arborent des visages dévastés, s'endeuillent et crient à ton destin tragique. Tu es leur ange innocent, à jamais aux cieux. Mais tu n'es pas innocente !! Oh, je t'en veux... Je m'en veux... Qui accuser ? Y a t'il un coupable ? Pourquoi moi plus que toi ?
Je ne peux plus vivre sans toi. Envoie moi un signe, Marion, un mot, un sourire ou une caresse. Ne me laisse pas seule, je deviens folle, ils me regardent et dans leur yeux je ne lis qu'une sombre pitié, aucun amour. Toi tu m'aimais. Je le sais aujourd'hui, nos caresses n'étaient pas innocentes. Mais qu'est ce que l'innocence ? N'étions-nous pas blanches, blanches et heureuses ? Et nos discussions... Je suis muette, à cette heure. Ta voix était la seule que j'acceptais d'écouter. Marion, je ne veux jamais t'oublier. Remplie-moi de toi.

# Posté le lundi 09 février 2009 17:40

Modifié le jeudi 28 mai 2009 12:07

Chapitre troisième

Chapitre troisième
Le vent souffle sa caresse froide et s'engouffre dans la forêt en gémissant, complainte folle qui glace le sang. Le puits a été rebouché la veille par deux hommes de la ville, venus de loin et exprès avec leurs pelles grises pour effacer à la fois le danger et la mort de Marion. Qui voudrait bien utiliser un puits souillé par la tragédie ? Des feuilles mortes recouvrent déjà la terre fraîchement remuée. On dirait presque une tombe, si petite que ce serait celle d'un enfant. Un enfant ne devrait jamais être mort, ce n'est pas normal. Quel âge avait Marion ? Seize ans. Tout juste sonnés. Elle ne connaissait pas exactement sa date de naissance, puisque c'était une de ces gamines abandonnées à la naissance, puis placées en famille d'accueil. Mais pour Marion, Eugénie et ses sept chats étaient bien plus qu'une famille d'accueil, ils étaient tout son univers, sa famille vraiment. C'est laid comme nom, famille « d'accueil ». C'est un peu comme si c'était provisoire, comme si ça ne devait pas durer. Mais Eugénie était la grand-mère de Marion, et les chats ses frères. Jamais elle n'avait souffert de son abandon. Il sont pourtant nombreux les enfants qui se torturent l'esprit de ne pas se connaître de géniteurs. Mais Marion prenait la vie comme elle venait et bouffait le bonheur à pleines dents. Eunice, elle, vivait bien avec ses parents. Fille unique, elle était aimée et choyée. Comme il se doit. Ni trop ni pas assez. Mais que peuvent des parents face à une si grande détresse ? Pas grand-chose. Ils murmurent des paroles douces et inutiles. Ils chuchotent comme s'ils avaient peur de briser d'un coup trop sec sa léthargie. Ils baissent la tête, les bras aussi et affichent un air de circonstance. Ils ne peuvent raisonnablement pas faire plus. La communication n'a jamais été leur fort, et il faut bien avouer qu'Eunice a hérité d'eux ce trait de personnalité. Les échanges avec ses parents n'allaient jamais bien loin, déjà en temps normal. Mais ils ne s'en inquiétaient pas. Ils se contentaient d'accomplir leur devoir, et de laisser tranquille leur grande fille. Leur fille qui se laissait mourir...
Un coup de folie la prit, et de ses mains elle commença à gratter la terre. Ca la rendait folle, ce puits recouvert. Pourquoi voulaient-ils effacer les traces de son existence ? Boucher ce trou, c'était le nier, la nier ! Les ongles la faisaient souffrir, s'arrachaient et saignaient à mesure que la terre giclait en tous sens. Mais cette douleur-là était trop faible pour être ressentie. Une pluie froide commença à s'échapper des nuages, collant sa jupe contre sa peau, et transformant en boue marécageuse la terre fraîchement remuée. Un éclair tonna, suivi de gouttes grosses comme des poings, un vrai déluge, soudain. De dépit, elle se laissa tomber contre la terre, la tête dans la boue. Celle-ci s'insinuait perversement dans sa bouche entrouverte, entre ses boucles trempées, à travers les mailles de sa robe en laine, partout où elle le pouvait. Et toute cette eau, amère s'insinuait la faisant lâcher prise complètement. La mort semblait un havre de paix après tous ces événements, après cette vie définitivement ratée. Elle sentait ses forces l'abandonner, et son âme qui essayait de se décrocher, en donnant des secousses sèches pour s'échapper de ce corps pourri. Elle ouvrit les yeux « une dernière fois », murmura-t-elle. Un beau flou, voilà ce qu'était devenu le monde !


**************************************************************************************************************************

Une suite un peu courte, je le sais, mais excusez-moi de la petitesse de mes articles!! Je les écris d'un seul jet, lorsque l'inspiration daigne pointer son nez, alors forcément ils ne peuvent pas être beaucoup plus longs... Je pense qu'à travers cette suite, vous en apprendrez plus sur nos héroïnes, mais je suis en panne sèche pour la suite... Promis, j'y travaillerai le plus tôt possible!! Je n'aurai pas internet pendant une semaine alors ne vous étonnez pas!! Et comme vous pourrez le constater, je ne brille pas par de magnifiques mises en page, pourtant j'y passe beaucoup de temps... Veuillez m'excuser!! ^^'


Je ne serai pas là pendant une semaine (vacances)!! Alors à bientôt

# Posté le vendredi 13 février 2009 06:11

Modifié le jeudi 28 mai 2009 12:06

Chapitre quatrième

Chapitre quatrième
Un coup de pied dans l'épaule. Un goût de sang dans la bouche, mince filet rougeâtre qui suinte d'entre les lèvres. Mais pourquoi je ne suis pas morte ? Je ressens de la douleur... Partout. Est-ce cela la mort ? Et au-dessus de moi, parmi tout ce flou, est-ce un ange ? Qui me regarde comme ça ? Non, un ange ne me frapperait pas... Qu'ai-je fais de mal ? Vouloir mourir, est-ce interdit ? Je ne le crois pas. Je souhaite seulement une chose, c'est qu'on me laisse tranquille... Mais encore un coup. Je sens un corps, un homme, se pencher tout contre moi et sentir ma respiration. Des bras me soulèvent, et mon corps tout engourdi pousse des cris de protestation. Une vive douleur irradie, me fait pousser un cri. Je voudrais qu'il me lâche et me laisse dans la boue. Perte de conscience.
Eunice ouvrit les yeux tout doucement. Ils s'habituèrent lentement à la pénombre environnante, et elle pût comprendre qu'elle était allongée sur un lit et enfermée dans une minuscule pièce dont les murs étaient de bois. Se redressant sur son coude, elle tendit une oreille. Le silence était le plus complet possible, hormis le bruit saccadé de sa respiration. Une vague de panique la traversa de part en part, et elle sauta sur ses pieds. Elle comprit qu'elle n'était pas en état de faire quoi que ce soit lorsqu'elle s'effondra sur ses jambes. Une petite porte semblait mener à une autre pièce et elle s'y traîna tant bien que mal. Une curiosité vive la traversait, sans être mêlée d'aucune crainte car lorsque l'on souhaite mourir, de quoi peut-on bien avoir peur ? La poignée était de métal, froide contre sa paume fiévreuse. Elle appuya, et celle-ci céda sans opposer de résistance. Derrière la porte, un jeune homme s'activait sur une table en bois vermoulue, sans aucun doute à cuisiner. Surpris il releva la tête et l'observa sans dire un mot. Une émotion violente saisit Eunice à la gorge, sans qu'elle ne puisse en identifier la cause. Ce n'était pas l'étrange beauté qui irradiait de son être qui provoquait son émoi. Cela faisait longtemps que toute la beauté du monde ne savait plus la saisir comme autrefois. Non ce n'était pas ça... Mais quoi ? Un détail insaisissable la dérangeait et la ravissait tout à la fois. Le seul mot qu'elle trouva adéquat, et qui pourtant dans pareille circonstance résonna tristement banal, fût un petit bonjour à peine murmuré.

**************************************************************************************************************************

Je suis désolée d'avoir fait une suite si tardive... Je m'excuse. A ceux qui pensent que mon histoire va bousculer dans de l'amour et du miel, détrompez-vous... Eunice n'en a pas encore fini avec tous les malheurs du monde!! Sur ce, à bientôt!!

# Posté le samedi 14 mars 2009 13:37

Modifié le jeudi 28 mai 2009 12:03

Chapitre cinquième

Chapitre cinquième
-Alors à ce que je vois, il pleut des demoiselles dans les flaques de boue ?
Sa voix vrilla l'air, faisant voler le silence en mille morceaux. Eunice songea que jamais une voix ne lui avait semblé si dissemblable du corps qui l'abritait. Trop rauque, bien trop grave pour ce garçon efféminé. Tout dans son corps trahissait la fragilité : les attaches de moineau, le visage aux arêtes si délicieusement courbées dans l'attente, la posture en alerte et le trop grand contraste entre la peau blanche et les cheveux noirs.
Maladroitement, Eunice décida de s'en tenir au plus près de la vérité.
-Je voulais juste mourir.
Baisser les yeux. Crever de honte. Ne plus le voir.
-Pourquoi mourir ?
Et pourquoi pas ?
-Ma meilleure amie est morte... Je n'avais qu'elle.
Une vie fichue en l'air.
-Et toi ? Ta vie n'a donc pas de valeur ?
-J'imagine que non. Je te l'ai déjà dit : je n'avais qu'elle.
-Non.
Être interloquée. Le regarder. Mais pas dans les yeux !
-Je n'ai jamais vraiment eu d'amis. Et mes parents... Je le sais bien que c'est égoïste, mais se forcer à vivre pour ses parents, c'est bien trop d'efforts pour pas grand-chose.
Lui sourit. Se prépare à administrer une détestable leçon de moral.
-Il te reste les personnes que tu n'as pas encore rencontrées. Ce serait bien dommage de les priver de toi avant même que vous ayez fait connaissance !! Et ta vie garde sa valeur, même privée de tout.
Son ton devint impérieux.
-Alors maintenant écoute moi bien. Tu n'es pas morte. Et tu vas faire ce que je te dis sans te poser trop de questions pour l'instant. Je vais d'abord te dire ce que tu dois savoir de moi. Je vis ici retiré de tout. Ma vie n'a pas de sens sinon de ne pas s'éteindre. C'est dur à comprendre, mais ce choix, je l'ai fait en mon intérêt et en celui de tous. Tu n'en sauras jamais plus. Tu vas prendre le petit paquet qui est posé sur ton lit. Rentrer chez toi. Tu l'ouvriras seulement là-bas. Et plus de bêtises !! Je ne t'ai pas sauvé la vie pour rien, car crois-moi, tu vas vivre. Pas survivre : Vi-vre. J'ai failli te laisser crever la bouche ouverte dans ton ruisseau. C'est peut-être ce que j'aurai dû faire, mais c'est trop tard alors ne t'avises plus de recommencer ces bêtises. Et je veux te voir partir à l'instant. Pas la peine de me poser des questions ou de me remercier.
Eunice se rendit compte à ce moment-là qu'elle le fixait d'un air ahuri et reprit rapidement ses esprits. Elle vola à la chambre, y prit la boîte posée sur le sol et courut hors de la maison. La porte claqua violemment.
Et tandis qu'elle serrait fort le paquet contre son c½ur, des larmes se mirent enfin à couler, à dégouliner de partout sur sa face terreuse.

# Posté le samedi 01 août 2009 17:30

Modifié le mardi 01 septembre 2009 04:08

Chapitre sixième

Chapitre sixième
Le bonheur de se sentir vivante altéra vite toutes ses pensées. Cette rencontre à la limite de l'entendement lui avait fait l'effet d'une claque rédemptrice.
Vivre pleinement semblait à présent une priorité, et le temps pressait. Ses pas ne la guidaient pas assez vite à son goût vers le foyer familial et elle profita de cette course folle pour vibrer au rythme de la nature. Le vent la caressait sensuellement et ses mains cherchaient à le capter, voletant autour d'elle avec la légèreté du papillon.
La souche l'accueillit, aussi familière que du temps de Marion.

Une décision s'impose. Je ne peux rester ici où ma vie s'est résumée à un visage aimant. Oublier l'inconnu de la forêt est une priorité, il le voulait. Je dois partir. Avec cette boîte close et l'approbation de mes parents. Où? A quoi bon me le demander. Marcher et découvrir. C'est certain, je vais vivre! Peut-être pas mieux qu'un autre, mais avec la soif du monde. De l'amour qu'il prodigue au hasard mais aussi de la haine. Oui, je veux détester passionnément. Je veux me construire une personnalité qui n'appartienne qu'à moi. Et surtout, j'éxecrerai la perfection: elle ne mène nulle part. Ma vie m'attend; ça m'excite! Je ne l'avais pas encore commencée. Marion, au fond, je sais que tu me pardonneras: tu es morte pour que je vive! Enfin je le comprend. Le monde ne s'est pas arrêté de tourner, ton suicide est un acte d'amour. Il m'offre un destin.




Carole et Léon fixaient leur fille, impuissants. Elle avait saisi des ciseaux et faisait voler sa crinière flamboyante, la réduisant à une tignasse à la garçonne. Eunice avait sorti d'on ne sait où un tailleur bouffant qui lui seyait particulièrement bien. Elle leur sourit, se fit admirer, et déclara sans détours qu'elle partait. Hier encore mourante, aujourd'hui rayonnante de vitalité.
"-Petite chérie... Pourquoi cette nouvelle obsession?
Le regard de la jeune fille se fit dur.
-C'est ma vie à présent. je pars, c'est tout!"
Et en effet, elle partit, une valise élimée sous le bras et une promesse de non-retour prononcée à la hâte devant un vieux couple chamboulé.


**************************************************************************************************************************
Le septième chapitre est déjà écrit... Mais pour causes de vacances en terrain étranger, il ne sera en ligne que d'ici une ou deux semaines alors... Patience!! Je vous offre un indice: vous allez découvrir un nouveau personage... Grandement atypique! Sur ce, à bientôt!

# Posté le dimanche 23 août 2009 09:35

Modifié le lundi 24 août 2009 10:52

Chapitre septième

Chapitre septième
Eunice est folle, elle est dingue, et en est bien consciente. Et si nous la quittions, elle, sa boîte en carton, et ses lubies de gamine fermement implantées dans le crâne? Je vous en prie... Juste un peu. Nous la recroiserons forcément. Une fille qui a fait de vivre son obsession va forcément chambouler en profondeur tous ceux qu'elle va croiser. Mais la quitter pour aller où? Je vous le jure, c'est une question de hasard! Il suffit de choisir un être qui veuille bien nous révéler ses pensées. Je ne sais pas plus que vous de qui il peut bien s'agir. Une preuve? C'est la nuit. et la nuit dissimule les traits. Alors, touchons. Non... Encore une jeune fille. Trois c'est peut-être trop? Il est trop tard pour reculer, et aucun doute n'est possible: peau douce, seins fermes, odeur sucrée. C'est bien une jeune fille: et elle dort.

Je suis la chinoise du bordel. Quoi? Je vous choque? Tant pis. Je m'appelle Yumi, graine de jade. Ici à Paris, ma maison close donne un peu de couleurs à la monotonie grisâtre des jours de repos des ouvriers. Les blondes fadasses aux gros nichons qui nous font concurrence les lassent vite, ils reportent donc leur attention sur une indigène de la "maison arc-en-ciel". Une noire? Jaune? Brune? Super, non? Autant vous prévenir: je suis une fille médiocre. Insolente, pleine de hargne et pas cultivée pour un sou. Je les fais rire. Enfin, ils se sentent supérieurs pour quelques minutes! Impossible de les en blâmer. Et puis je deviens nettement moins intéressante au moment où ils me posent la question fatidique (pour les bavards): Tiens, et si tu me parlais un peu de la Chine? A ce moment-là, je leur réserve mon sourire le plus charmant afin de gracieusement les informer que ma mère ayant été l'ancienne chinoise du bordel, il ne m'est jamais arrivé de quitter ses murs. Alors la Chine... Elle est bien loin. Exotique, n'est-ce-pas?

# Posté le jeudi 03 septembre 2009 15:31

Modifié le vendredi 04 septembre 2009 14:31

Chapitre huitième

Chapitre huitième
Les clients se pressent à ma porte, affamés de chair et de conversation. Mais je ne m'acquitte que du premier point, je n'ai pas à en faire plus. Le zèle, ici, reste exceptionnel. Elles sont rares, les naïves pouliches qui croient encore qu'un bon prince viendra les tirer de leur Enfer.
Je voudrais être une planche en bois. Je m'allonge, raide, et les choses se passent. Parfois vite, d'autres fois, l'homme, intensément coupable, se croit obligé de longs discours d'excuses. Je ne leur en demande pas tant!
Le soir, que dis-je! Tous les soirs, je roule ma nuisette en boule et en sort une propre. Après une toilette dans la cour, à l'eau froide et sans intimité, je cours avaler un bol de soupe. Les filles cancanent,, avides du zeste d'humanité qu'elles croient déceler chez leurs tristes camarades. Je préfère rester en retrait de ces fades bavardages. L'image que je renvoie importe peu. La vie, d'ailleurs, importe peu.
Le dimanche, c'est jour de liberté. Liberté est d'ailleurs un grand mot. Les plus jeunes sortent par groupes de trois, escortées par les anciennes. Petite ballade au marché, où il est possible de dépenser pour des futilités les trois sous de pourboire qu'ont laissés un ou deux clients. Poudre parfumée, rubans ou bâtons de réglisse... Ce sont les maigres présents des prostituées. Le marché, c'est aussi le moment de recouvrer un peu de dignité. Les commerçants font mine de rien en voyant nos minois trop fardés, et il devient possible d'échanger des banalités sur le temps ou la mode des riches parisiennes.
A mon habitude, je reste en retrait. Il est plus facile d'observer les autres, leurs hypocrisies et sourires en biais. Mon cynisme fait partie intégrante de moi depuis toujours. Je n'offre ma confiance à personne. D'ailleurs, tiens! Je n'aime personne. A qui accorder ma tendresse? A ces rustres assoiffés de plaisir? A la patronne, voleuse de ma jeunesse? A ces péronnelles aux rires suraigus? A ma mère, enfin, morte il y a trois ans après avoir cru pouvoir s'échapper aux bras d'un sous-fifre de l'armée? Ils me dégoûtent tous. Et sans exceptions. Parfois, je tisse les mots dans ma tête, ainsi qu'aujourd'hui. Un peu comme si ça pouvait me mener quelque part! Je crois que je vais finir à l'image de ma mère. Crever au fin fond d'un caniveau, oubliée de tous. Joyeuse perspective!

# Posté le lundi 07 septembre 2009 02:46

Chapitre neuvième

Chapitre neuvième
Il doit exister quelque part un saint des causes désespérées. Je n'ai jamais cru en rien mais aujourd'hui, je veux prier à m'en défoncer la voix. Pour être sûre d'être entendue quelque part. Je suis tombée dans le plus bête des pièges qui soient tendus aux filles comme moi. Ca s'appelle l'amour et ça n'a rien de drôle. Au contraire! Je n'arrête plus de pleurer. Mes pensées sont aussi peu claires que celles des écervelées qui m'entourent. Leur compassion, je l'aie en horreur. Qui supporterait ces minauderies qui n'ont rien à voir avec la sincérité?
C'est un jeune. Le dernier client de la journée. Epuisée, je ne me suis pas levée pour l'accueillir. Son nom, il ne me l'a consenti que du bout des lèvres: Léon. Deux syllabes qui sautillent dans mon crâne, couronnant un visage trop beau pour moi. Beau, je ne sais pas si c'est le mot, éloigné serait mieux, peut-être. J'essaie d'effacer de mon souvenir les instants pénibles où il a pris possession de mon corps. Sans un mot, ni même un grondement animal. Et surtout, son regard. Il caressait sensuellement mon corps. Moi, la chinoise-planche de bois, je ressentais mes premiers frissons de désir, puis de plaisir. En dehors de toute volonté, je sentis mes membres se délier, caresser fiévreusement sa peau. Il accompagnait mes mouvements, me guidant toute entière en lui. Puis l'apothéose: un grand vertige, et la fin. Je sentis son corps retomber lourdement sur le mien, m'enfoncer sur le matelas de toile rêche. Pourtant, je ne voulais pas qu'il s'en aille. Sa peau moite me renvoie l'appel du miroir aux alouettes.

# Posté le lundi 02 novembre 2009 16:11